La Lettre | Des pulsations un peu lentes… 

La poussée des réservations enregistrée en hiver a été stoppée net par la situation géopolitique et la flambée du kérosène. D’autre part, les problèmes endogènes récurrents ne sont pas réglés. Le contexte général génère un manque de visibilité sur la saison.

La Corse est d’un naturel confiant, riche de sa persévérance à aller de l’avant, de la valeur ajoutée de son hospitalité et de sa capacité de résilience. Il en va de même de la Corse du tourisme. Sauf que l’impondérable est historiquement ce qui lui pend toujours au nez.

Ainsi, après un début d’année favorable et prometteur en termes de réservations pour la saison 2026, le mois de mars s’est pris les pieds dans le tapis. Les élections municipales ont fait diversion, les vacances passaient au second plan, le clair de l’urne supplantant le soleil couchant.

D’autre part, la morosité ambiante colle toujours à nos basques et la perspective de perdre un peu plus de pouvoir d’achat bride les velléités de voyages et d’évasion.

Enfin, le conflit au Moyen-Orient, venu se greffer aux affrontements russo-ukrainiens, a attisé les peurs et déclenché une hausse des carburants dont les observateurs pensent qu’elle est durablement irréversible et la flambée du kérosène qui se répercute sur les titres de transports, aérien et maritime. « L’élan sur les réservations a été stoppé net et les professionnels ont été jusqu’à enregistrer un certain nombre d’annulations… »

Ce n’est pas encore le Pérou

La Corse ne fait pas exception. Le marché du voyage français a subi de plein fouet les effets de la guerre en Iran. Selon une étude nationale, en mars, les réservations ont reculé de 25 % chez les tour-opérateurs et l’ensemble des voyagistes. Suivant le dernier baromètre du Syndicat des entreprises du voyage, le niveau des réservations est à l’étiage, laissant augurer une chute d’au moins 20 à 30 % en volume et en chiffre d’affaires chez les professionnels.

À la tête de l’UMIH Corsica, membre du bureau de l’EPCI de Corse et elle-même hôtelière, Karina Goffi n’est pas vraiment optimiste : « La baisse est aussi spectaculaire que ne l’a été l’accélération des réservations en décembre, en janvier et en février, une embellie marquée par un retour longtemps espéré des groupes. Les restaurateurs souffrent aussi beaucoup… »

La proximité géographique de la Corse constitue un nouvel atout déterminant par les temps qui courent. Rien n’incite les amateurs de voyages à s’éloigner au-delà des frontières du raisonnable. Les déclenchements à répétition des conflits armés, l’apparition d’un virus virulent, une catastrophe climatique : désormais tout évènement susceptible d’entraîner le confinement forcé et le blocus des transports fait de plus en plus peur aux vacanciers.

On l’a vu dans notre dernière édition : le maillage aérien qui relie la Corse au continent européen a été rarement aussi dense, les compagnies n’ont jamais atteint un niveau aussi élevé de fréquences de vols et chaque saison réserve la création de nouvelles lignes nationales et internationales.

« Le souci, c’est que la destination corse n’est pas assez compétitive et qu’il est difficile de détourner l’attention de la Grèce ou de la Sardaigne plus attractives au niveau des tarifs et qui s’inscrivent, comme nous, dans le périmètre de la proximité et de la sécurité. Nous espérons que la centrale de réservations exclusivement corse sera enfin créée au bénéfice de toutes les parties prenantes du secteur, y compris les compagnies de transports, et de la clientèle avec des prix plus accessibles. » On croise les doigts.

Tout un pan du patrimoine familial en péril

En Corse, selon Karina Goffi, la saison commence plus tard si l’on se réfère à l’ouverture des établissements, mais la volonté des hôteliers est de tenir jusqu’à la fin du mois d’octobre.

« Le mal chronique du recrutement perdure. Nous engageons des frais de transports et de logement dans des promesses d’embauche qui parfois n’aboutissent pas. Or sans personnel suffisant, nos établissements ne peuvent pas fonctionner, ce qui les expose au danger. »

Au nom de l’UMIH Corsica, Karina Goffi a écrit au préfet afin de sensibiliser le gouvernement sur les défaillances juridiques et l’insécurité économique des dispositifs d’un recrutement qui s’effectue pour l’essentiel à l’extérieur : « Nous misons beaucoup sur l’École hôtelière méditerranéenne mais elle vient à peine d’ouvrir et il faut encore attendre un peu pour en cueillir les fruits… »

Le désengagement partiel de Voyage Privé, le défaut de visibilité imputable à la situation géopolitique, l’absence de crédit d’impôt pour la rénovation et, sur le territoire, la prolifération des logements locatifs et Airbnb malgré les efforts de régulation consentis par plusieurs communes, n’arrangent pas les choses.

« Actuellement, une vingtaine d’établissements hôteliers sont mis en vente pour trois créations seulement. C’est tout un pan du patrimoine familial qui est en péril. Nous ne voulons pas céder au pessimisme. À l’EPCI de Corse, tout est pensé et conçu pour nous soutenir. De leur côté, les professionnels consentent des sacrifices pour investir, améliorer l’accueil et préserver l’environnement. L’aboutissement d’une bonne saison serait une juste reconnaissance… »

Le tourisme demeure la pierre angulaire de notre économie. Il convient de le prémunir contre les vents mauvais de l’érosion.

Le spleen des professionnels

L’UMIH Corsica a pris le pouls de ses adhérents à l’aide d’un questionnaire. En voici quelques tendances significatives :

  • 42 % sont inquiets de la saison avec un taux de réservation en baisse alors même que 70 % n’ont pas augmenté leurs prix ou à la marge malgré l’augmentation des charges.
  • La moitié des établissements confirme que le recrutement pose problème.
  • Plus de 80 % des établissements citent le transport comme problème principal.

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