Bâtir un pont avec le Maroc 

Un dispositif expérimental rigoureusement encadré par les autorités françaises et marocaines va permettre de proposer en Corse aux professionnels du tourisme dès le printemps 2027 des saisonniers qualifiés recrutés au Maroc

Ce que l’on désigne aujourd’hui par « métiers en tension » n’est pas une exception en Corse. La formule est au contraire trop familière aux oreilles des chefs d’entreprise, en particulier ceux qui relèvent des filières du tourisme.

Le problème chronique du recrutement est devenu, au fil des années et des saisons, la tête de gondole de leurs préoccupations en raison même d’une économie essentiellement marquée par de nombreux postes à pourvoir. L’École hôtelière méditerranéenne constituera une des clés de voûte de l’avenir, mais son ouverture est trop récente pour apporter de la ressource humaine à court terme. Par ailleurs, la solution du CDI saisonnier doit être retravaillée. Enfin, le recrutement hors de Corse est de plus en plus ardu et complexe, nombre de saisonniers partageant l’année entre les stations de ski et les stations balnéaires des régions et pays concurrents et ce, de façon méthodique lorsqu’ils sont placés sous la férule de grands groupes, propriétaires d’importants établissements d’hiver et d’été.

Faute de personnel, hôteliers et restaurateurs insulaires sont amenés à réduire la voilure jusqu’à opérer des réductions partielles d’activité. Or, tout ce qui fragilise le tourisme, pivot du PIB Corse, appauvrit toute notre économie par effet domino.

Un dispositif crédible et sécurisé

Avant qu’il ne soit trop tard, l’UMIH et l’association Méditerravenir soutenues par l’EPCI de Corse – qui a pris le relais de la CCI – ont imaginé une coopération avec le Maroc sous la forme d’une convention dont il a été question lors d’une séance collective de travail organisée à Ajaccio. Un partenariat conjointement élaboré entre l’Office français de l’Immigration et de l’Intégration (OFII), représenté par son directeur général, originaire de Corse, Didier Leschi, les services territoriaux de l’État, l’UMIH Corsica présidée par Karina Goffi, et les autorités marocaines dont les interlocuteurs étaient le vice-consul du Maroc en Corse, Abdelhnine El Maliki, Ahmed Chtaibat, directeur de l’antenne de l’OFII à Casablanca et Salima Bensalem, directrice du Placement international pour son pays.

La pierre angulaire de ce dispositif expérimental, solide, crédible et sécurisé, de recrutement de travailleurs saisonniers marocains, est sans aucun doute l’association Mediterravenir, présidée par Amine Doubi, spécialement créée pour veiller à la bonne marche de cette coopération inédite en France et tenir lieu d’interface avec les entreprises corses du secteur. Un canevas exemplaire qui, selon Didier Leschi, est potentiellement transposable dans d’autres secteurs économiques de l’île, d’autres territoires touristiques voire d’autres pays émetteurs.

Le gros travail en amont, amorcé depuis de longs mois, va se poursuivre. 2027 sera une phase-pilote : un avion spécialement affrété par la compagnie Transavia acheminera en Corse depuis Casablanca au mois d’avril 187 saisonniers sélectionnés pour leurs qualifications. Ils séjourneront et travailleront dans le strict respect de la législation juridique et sociale des deux pays signataires. Un dispositif gagnant-gagnant.

Le chiffre = 8000

L’estimation par France-Travail, du nombre de salariés dont les filières du tourisme et d l’hospitalité ont besoin pour fonctionner normalement en saison.

Trois questions à Didier Leschi 

– Quel regard portez-vous sur ce dispositif inédit en France ?


C’est une très bonne initiative. Pour nous, c’est la concrétisation de pratiques, sur le plan de l’économie et sur celui du développement, d’un travail collectif entre les autorités marocaines, services de l’État en Corse et professionnels. L’enjeu est de faire venir des personnes qualifiées pour la saison touristique, comme cela est fait depuis quelques années avec le monde agricole pour la récolte des clémentines. Cette fois, l’idée est de recruter des saisonniers qui présentent les plus hautes qualifications requises dans le cadre de ce qu’on peut appeler une immigration circulaire puisque le délai de séjour maximum avant le retour garanti est de six mois. Un processus au bénéfice de l’économie insulaire comme il l’est pour la société marocaine car c’est à salaire égal qu’ici. C’est rare pour les Marocains de pouvoir accéder à ce type de revenus.

– Vous dites “immigration circulaire” mais ne pourrait-on pas dire aussi “immigration choisie” ?


C’est très clairement une immigration choisie. Les candidats retenus pour leurs compétences mais aussi pour leur capacité à s’exprimer en français et en anglais repartent. Personne ne reste en errance pour peser sur nos budgets sociaux dans une période particulièrement difficile pour tous les pays européens.

– La Corse n’est pas la seule région à se heurter à des problèmes de recrutement dans le tourisme. Le modèle expérimenté en Corse peut-il être transposable ailleurs ?


Ce modèle a une configuration unique, mais c’est un mécanisme qui fonctionne dans d’autres régions, pour d’autres secteurs et avec d’autres pays que le Maroc. Mais en Corse, il y a une tradition d’accueil particulière dont le socle est l’agriculture depuis le début des années 60. L’avantage avec le Maroc, c’est que les échanges sont anciens pour ne pas dire historiques.

Là, je suis de retour de Tunisie pour envisager la formation de jeunes pour l’hôtellerie mais aussi pour les métiers du transport dans le cadre d’un programme financé par l’Union européenne. La Corse pourra regarder, le cas échéant, vers d’autres horizons…

À lire également

Un réseau pour valoriser la filière via l’authenticité du produit
Du terroir dans les bagages
L'aéroport de Bastia Poretta a accueilli la première édition avec succès. Les voyageurs ont dégusté l'initiative...
Le mode d’emploi pour passer le cap
Chefs d'entreprise, commerçants et artisans proches de la retraite ont suivi un webinaire conjointement organisé par l'EPCI de Corse et l'organisme duquel ils dépendent.
Cresce version 2026 sur les rails
Le nouvel appel à projets s'appuie sur un triptyque : économie productive, économie de proximité, économie rurale
Des astuces pour limiter les risques de piratage
Le Tour de France Numérique a fait une double escale sur notre territoire à l’initiative de l’EPCI de Corse, désireux d’être l’accompagnateur privilégié des entreprises insulaires, en leur donnant des
Bâtir un pont avec le Maroc 
Un dispositif expérimental rigoureusement encadré par les autorités françaises et marocaines va permettre de proposer en Corse aux professionnels du tourisme dès le printemps 2027 des saisonniers qualifiés recrutés au