Contrairement aux idées reçues, le temps n’est pas un allié, il n’aide pas vraiment à résoudre les problèmes. Dans la situation économique à laquelle elle est confrontée, la Corse n’a surtout pas besoin d’être le réceptacle d’incompréhensions. Les bonnes clés sont le dialogue, l’expression de ses ressentis, l’écoute des ressentis de l’autre, le désir de partager ses perceptions et ses inquiétudes. Voilà le vrai respect. C’est dans cet état d’esprit que Françoise Gatel a pris place à l’hôtel consulaire de Bastia, siège de l’EPCI de Corse, pour écouter les acteurs économiques droit dans les yeux.
Présumée éphémère comme tous ses collègues au gouvernement, la ministre de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation a tenté de rassurer en se gardant d’égrener des promesses qu’elle ne sera pas en mesure de tenir. Elle le dit entre les mots avec l’honnêteté qui la caractérise. Un dossier complet sur les faiblesses et les pesanteurs structurelles susceptibles d’être réduites par une fiscalité taillée sur mesure et une adaptation normative soufflée à l’oreille des parlementaires par le projet de loi sur l’autonomie lui a été remis. Elle s’y attellera le temps qui lui sera imparti…
« Mettre en place un nouvel équilibre institutionnel »
Dans son propos introductif, Gilles Simeoni revient sur le vote unanime du Parlement relatif à la création de l’EPCI de Corse, garant de la pérennité de l’institution consulaire, de ses salariés, de ses missions, et dressant une garantie définitive pour la gestion publique des ports et des aéroports de Corse.

Une réussite conjointe de la Corse et de la représentation nationale qui pourrait être de bon augure pour emprunter le chemin de Versailles, « car c’est une folie que de vouloir opposer la réforme constitutionnelle et le statut d’autonomie au règlement des problèmes du quotidien. Au contraire, tout est étroitement lié. »
Le discours économique de fond, c’est Jean Dominici, le premier vice-président de l’Établissement, qui le prononce, amenant Françoise Gatel à s’engager sur un point : poser les premiers jalons du transfert de la Chambre régionale de Métiers et de l’Artisanat à la Collectivité de Corse. « Nous pourrons alors considérer que la Corse dispose d’un écosystème consulaire complet, moderne, performant et particulièrement bien organisé pour agir avec efficacité et rationalité au bénéfice de l’économie du territoire et surtout de nos ressortissants. »
Jean Dominici explique à la ministre, après lui avoir rappelé son propre passé consulaire, « sans parti pris politique, ni dogme ni calcul », que l’accumulation des conflits géopolitiques pèse au-dessus des filières d’activité corses en général et de celles du tourisme en particulier, ne fait qu’aggraver les handicaps structurels de l’insularité qui exigent un nouvel équilibre institutionnel et une équité fiscale comme bouées de sauvetage sur l’océan houleux du monde.
« L’équité fiscale comme expression de justice »
Au nom de l’UMIH Corsica, Karina Goffi rappelle le trident des contraintes qui génèrent pour les entreprises un surcoût moyen de 9 % de leur chiffre d’affaires : l’insularité, l’étroitesse du marché et l’hyper saisonnalité. Seule une politique fiscale adaptée permettra d’aligner le modèle économique de la Corse sur ces réalités.
« Elle passe par une réduction des charges sur les entreprises, un retour à une TVA à 8 % sur la restauration, un impôt sur les sociétés à 15 % pour encourager l’investissement local et un crédit d’impôt renforcé et incluant la rénovation des établissements hôteliers. L’équité fiscale n’est pas une fin en soi, c’est une expression de justice. »
Autre levier suggéré sur lequel les pouvoirs publics pourraient agir plus efficacement : la prolifération des meublés de tourisme non régulés qui crée une distorsion de concurrence au détriment des hébergeurs professionnels qui sont, eux, dûment assujettis à toutes les obligations fiscales, sociales et normatives. « Face à cette dérive, il y a nécessité d’un classement obligatoire des meublés dès la première mise en location. »
Sous la bannière des transporteurs, José Benzoni déplore l’absence de réflexion alternative à la taxe écologique imposée par Bruxelles qui met la profession à genoux, pénalise fortement les compagnies et aggrave le pouvoir d’achat des Corses. « Nous ne sommes pas contre la réduction de l’empreinte carbone, mais contre les mesures mortifères pour nos entreprises. La Corse doit être entendue par les instances européennes comme d’autres régions périphériques de Méditerranée l’ont été. »
L’évolution consulaire de la Chambre régionale de Métiers et de l’Artisanat a été évoquée par son 2e vice-président Jean-Dominique Susini et la crise du BTP détaillée par Dominique Antoniotti.
Enfin, le président du Medef de Corse, Jean-Louis Albertini, redoute, « face à une situation d’extrême violence économique », que les chefs d’entreprise qui ne cessent de tirer les sonnettes d’alarme soient contaminés par le virus de la lassitude et de la perte de confiance. Pour lui comme pour les autres, il y a urgence à inoculer les bons vaccins.
