– Dès votre arrivée, vous avez pris l’engagement d’aller à la rencontre des acteurs du territoire. Quels premiers enseignements en tirez-vous ?
Aller à la rencontre des élus, au sein des collectivités, c’est aller à la rencontre du tissu économique. En évoquant avec eux l’aménagement du territoire, on regarde comment, grâce à l’action de l’État, il est possible – et c’est essentiel – de mettre en place des dispositifs qui favoriseront le développement des collectivités.
Depuis mon arrivée, il y a quelques semaines, je prends conscience du potentiel et de la diversité de ce tissu économique au-delà de la saison estivale et du tourisme qui pèse 40 % du PIB. Pour autant, il faut s’intéresser de près aux 60 % restants.
J’ai pu observer, notamment à travers l’agriculture, le soin apporté à la qualité des productions, produits d’exception, produits de niche, produits à forte valeur ajoutée. C’est remarquable
– Comment l’État peut-il aider les entreprises corses confrontées à des surcoûts par rapport au continent de l’ordre de 10 % de chiffre d’affaires ?
Une fois rappelé le principe intangible de la non-intervention de l’État dans les entreprises, il y a beaucoup d’autres manières de les soutenir dans le cadre que vous posez : par exemple, l’amélioration des conditions de transport, la pérennité de la dotation de Continuité territoriale, la transition énergétique, etc.
Autant de volets sur lesquels l’État va intervenir auprès des entreprises, non pas par une aide directe, mais en mobilisant tous les moyens qui concourent à ce que l’entreprise puisse bénéficier des meilleurs atouts pour grandir, se moderniser, mieux commercialiser ses productions, réduire sa facture carbone, exporter…
– C’est au niveau de l’ingénierie que le bât blesse aussi…
Les services de l’État sont là pour conseiller, accompagner, aider l’écosystème économique insulaire dont je mesure, je le répète, toute la richesse et la diversité. Et ce, en partenariat avec les élus, les forces vives du territoire, l’EPCI de Corse. En réalité, c’est une mission collective.
« La vie du chef d’entreprise doit être facilitée. Il ne faut jamais perdre de vue que le créateur de richesses, c’est lui. »
– Être issue de deux générations de commerçants change votre regard ?
Oui, je le crois. Mes parents avaient des commerces de bouche, mon grand-père paternel était menuisier. Ils m’ont inculqué le goût du travail et de l’effort.
J’en retire aussi une approche particulière, celle de simplifier les choses, simplifier les procédures souvent bien trop complexes et simplifier les formulations, les mots.
Le métier d’un acteur économique, qu’il soit commerçant, artisan, industriel, c’est de développer son entreprise, pas de déchiffrer des courriers dont il est rendu destinataire.
À l’État et aux partenaires institutionnels d’être clairs et intelligibles car il ne faut jamais perdre de vue que le créateur de richesses, c’est bien celui auquel ils s’adressent.
– Quels sont les dossiers prioritaires sur lesquels vous voulez plancher ?
Des dossiers sont installés prioritairement depuis déjà plusieurs mois. Je citerai la question du traitement des déchets, la transition énergétique avec la sortie du gaz, le renforcement du réseau électrique via la réalisation de SACOI3, l’accompagnement des acteurs économiques locaux inhérent aux préjudices économiques imputables à la sècheresse.
– La campagne présidentielle ne va-t-elle pas les mettre entre parenthèses ?
Elle ne sera pas de nature à redéfinir ou à freiner les dossiers. La continuité de l’accompagnement de l’État est permanente et elle s’accommode sans faiblir et sans transiger des temps électoraux qui émaillent notre vie institutionnelle et démocratique. C’est là toute sa force.
– Quel partenariat souhaitez-vous établir avec l’EPCI de Corse ?
C’est un travail de connaissance et de confiance mutuelles. J’ai eu l’occasion de rencontrer le premier vice-président et le directeur général. Nous avons échangé sur les différents projets à mener en commun, et j’ai tenu à me rendre au port de commerce de Bastia et à l’aéroport de Bastia-Poretta, deux poumons du département par lesquels transitent quatre millions et demi de voyageurs.
– La prise de bec relayée sur les réseaux avec des élus pendant la campagne des incendies est-elle révélatrice des difficultés de votre mission ?
Avoir des avis différents, c’est normal et même salutaire. Les interrogations exprimées en Corse cet été sont de même nature que celles qui ont traversé le Continent. Derrière les reproches, il y a des préoccupations légitimes que je respecte.
On constate, dans la tourmente des incendies, qu’au-delà des moyens mis en œuvre, la nature est toujours la plus forte.
– À la faveur de cette expérience et d’une sècheresse chronique, le dispositif va-t-il évoluer l’année prochaine ?
Les moyens et la répartition des moyens se décident au niveau national. En Corse, ils sont importants mais je comprends que ce soit difficilement compris lorsqu’on est confrontés à des feux d’une ampleur inimaginable.
Après cette éprouvante période, nous nous sommes rendus, avec le président du Service d’incendie et de secours de la Haute-Corse, remettre les clés des sept équipements de lutte mis à disposition dans le cadre du « Pacte capacitaire » financé par l’État à 70 %*.
Je tiens ici à rendre hommage aux sapeurs-pompiers pour leur engagement et leur grand professionnalisme dans le respect de la nouvelle doctrine qui a consisté à intervenir prioritairement sur les feux naissants, à l’exemple de celui de Biguglia qui, sans cela, aurait dégénéré avec des conséquences insoupçonnées.
– Vous êtes la première femme à ce poste depuis la création du département il y a 50 ans et vous succédez à un préfet dont le bilan a été unanimement salué. Ça vous met une pression supplémentaire ?
La pression n’est pas liée aux raisons que vous mentionnez ou à la personne que je suis. Elle est liée à l’obligation de servir et à la construction de la confiance avec les élus et l’ensemble des partenaires.
Au fond, la pression, c’est être là au bon moment pour répondre aux bonnes questions.
*Un investissement de 4,3 M€ pour constituer une SIFF, une section d’intervention feux de forêts dotée de sept gros engins performants qui ont la capacité de traverser les zones qui brûlent, d’acheminer davantage d’eau et de mettre les hommes en sécurité.
