La Lettre I Course de « fonds » et urgence absolue

L’État, la Collectivité de Corse et le réseau consulaire intensifient le soutien aux entreprises via la cellule économique pilotée par le préfet de Région. Mais des secteurs réclament des interventions pressantes

Elle avait été constituée par Jérôme Filippini pour conseiller et aider les entreprises en difficulté ou en quête de développement. Le préfet de Région Éric Jalon a choisi de se placer dans les pas de son prédécesseur en conservant la « cellule économique de Corse » qui a vocation à agir en complémentarité des actions déjà menées par la Collectivité de Corse et la chambre dans ses nouveaux atours juridiques.

Jean Dominici a d’ailleurs tenu à assister à la longue séance de travail qui s’est tenue trois jours après l’assemblée générale à l’hôtel consulaire de Bastia en présence d’un aréopage de chefs d’entreprises et de représentants de filières et organismes professionnels. « Il était essentiel de se doter d’un espace pour confronter les analyses et partager les informations dans un contexte national complexe. C’est par l’identification précise des problèmes que l’on pourra proposer les meilleures solutions pour les régler. »

Après Gilles Simeoni, le président Dominici donnait de la chair et du sang à la cellule par le rappel d’une évidence trop souvent négligée : derrière les défaillances d’entreprises, il y a des vies, des histoires familiales et patrimoniales. Au terme de trois heures d’échanges, desquels surgissent parfois des accents de détresse, apparaît clairement le décalage, pour ne pas dire la dissonance, entre le panel étoffé des outils, utilisés pour établir les diagnostics et apporter les remèdes, et le caractère urgence de la situation de certains secteurs en danger, à l’exemple du BTP et de l’hôtellerie-restauration.

« La cellule est une bonne porte d’entrée »

Le message prioritaire qu’aspire à faire passer le préfet de Corse, c’est d’agir le plus en amont possible afin de prévenir les difficultés avant qu’il ne soit trop tard : « Nous solliciter n’est pas un aveu de faiblesse, c’est le moyen de repérer les risques pour mieux les écarter. » Le président du Conseil exécutif partage la préoccupation : « La Corse a une dynamique entrepreneuriale forte. La phase de détection est déterminante. La cellule est une bonne porte d’entrée pour améliorer la coordination et l’information : les plus modestes des entreprises doivent franchir l’obstacle psychologique pour frapper à cette porte. »

En avril dernier, l’Assemblée de Corse a adoubé une enveloppe de 54 M€ pour soutenir les entreprises d’ici 2030. Le président de l’ADEC, Gilles Giovannangeli, informe qu’elle a déjà été déployée en grande partie via six fonds qui ouvrent la voie à des prêts très avantageux – certains à taux 0 – pour investir dans les transitions (numérique, énergie, écologie), obtenir des garanties bancaires pour des emprunts jusqu’à 500 000 €, obtenir de la trésorerie pour surmonter des difficultés conjoncturelles, bénéficier d’aides au rebond voire même accueillir le coup de pouce financier qui couvrira  une partie des frais inhérents aux procédures, redressement, dépôt de bilan, etc.

En matière d’accompagnement, l’État n’est pas en reste et décline à son tour le catalogue des instruments et des compétences mis à disposition des TPE et des PME. L’occasion pour ses direceurs de souligner le précieux concours de la CCI de Corse dans quasiment toutes les actions y compris la cybersécurité.

Le spleen de l’Hôtellerie et du BTP

Là où le bât blesse, c’est la discordance entre l’éventail des dispositifs, aussi pertinents et efficaces soient-ils, et l’urgence absolue à laquelle des secteurs d’activité, et pas des moindres, sont confrontés. On n’a plus ni le temps ni l’envie d’entreprendre des démarches une fois au pied du mur. Sous sa casquette de président du Groupement des Hôteliers et Restaurateurs de Corse (GHR), César Filippi s’alarme de la poussée des radiations : plus 36 %. À ce jour, une vingtaine d’hôtels familiaux sont en vente et exposés à la prédation de grands groupes. La croissance exponentielle des logements locatifs n’est pas maitrisée : « On recense six logements pour une chambre d’hôtel ! » Quant au surcoût d’exploitation par rapport au continent, il est estimé à 24 %.

Le regard se tourne davantage vers l’État que vers Jean Dominici qui, au nom de la CCI de Corse, n’a eu de cesse de réclamer une fiscalité adaptée pour réduire cette iniquité territoriale et lutter contre le paracommercialisme. Le sort du BTP n’est pas davantage enviable. Il n’y a aucune visibilité sur la commande publique. « Personne ne mesure l’extrême gravité de la situation » regrette amèrement Corinne Bernardini, présidente du BTP de Corse-du-Sud. L’État et la Collectivité de Corse sont conscients de ce cocktail détonant qui mixtionne problèmes conjoncturels et handicaps structurels mais ils peinent à rassurer.

La cellule promet d’accélérer son agenda des réunions en 2026 afin de rester en connexion permanente avec les femmes et les hommes qui font l’économie de la Corse contre vents et marées. Tout le monde s’accorde sur une promesse : ce ne sera pas une cellule dormante.

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