La Lettre I Cette fin est un début !

Un moment solennel et prodigue en émotion : la CCI de Corse a tenu la dernière Assemblée générale de son histoire le 9 décembre. L’occasion, au moment où la réforme consulaire entre en vigueur, de rendre hommage à l’institution, à celles et ceux qui l’ont faite grandir, en particulier son dernier président, ovationné, Jean Dominici

« C’est la dernière séance mais pas la fin de l’histoire… »

Éric Jalon, préfet de Corse


Un philosophe grec disait que l’histoire était un éternel recommencement. La chambre de commerce et d’industrie de Corse a tenu, le mardi 9 décembre, la dernière assemblée générale de son histoire commencée voici plus de deux siècles sous la férule du Premier Consul.

Mais si elle arrive au bout de son chemin, elle ne va pas disparaître mais, au contraire, se régénérer. Comme la marée qui reflue et revient immanquablement, plus bouillonnante d’écume, ou encore comme le Phénix, cet oiseau mythique fabuleux, dont le plumage se paraît de bleu, de rouge et d’or, qui se consumait dans les flammes du nid de branches aromatiques qu’il confectionnait quand il sentait venir sa fin.

C’est la magnifique métaphore choisie par le président Jean Dominici au discours sobre, limpide et émouvant. Un discours pour la mémoire collective. La dimension sensible des paroles n’est jamais une question de style mais de sincérité.

De l’émotion aux délibérations…

Rarement par le passé, la salle des délibérations de l’hôtel consulaire de Bastia n’avait été aussi physiquement pleine et spirituellement habitée.

Il n’y avait pas assez de sièges, et derrière les personnalités et les élus consulaires, on jouait des coudes debout – on se les serrait serait plus juste à dire – pour ne pas manquer ce qui, dans les esprits, représentait non seulement une ultime grand-messe consulaire, mais une passation de pouvoir du président Dominici, hautement estimé pour sa fonction, chaleureusement salué pour son action permanente au bénéfice de la Corse et de son développement, et profondément apprécié pour sa personnalité et son caractère discret mais enjoué, modeste mais terriblement efficace.

Les mots manquent toujours aux émotions, mais pas à la figure imposée d’une assemblée générale qui, quelles que soient les circonstances, doit assurer le déroulement réglementaire de son ordre du jour…

Toutes les délibérations proposées ont été votées à l’unanimité. En cela, la portée exceptionnelle de ce rendez-vous n’a en rien bouleversé la constance dans l’adhésion des membres, qui témoigne d’une confiance et d’une fidélité au président et à ses équipes sans cesse renouvelée.

La première concernait la désignation des 40 élus (20 titulaires et 20 suppléants) appelés à siéger au sein de l’établissement public du commerce et de l’industrie de Corse tel que l’a souhaité le législateur. La dernière délibération pour l’histoire avait trait à la cession des actifs, fonciers et bien immobiliers.

Un sujet anodin en apparence mais qui ne l’est pas : les sommes collectées contribueront à financer la transition humaine et matérielle vers la Collectivité de Corse. Une occasion pour le directeur général de rappeler que le passage de témoin financier avait été complexe et qu’il a fallu dénouer un certain nombre de nœuds gordiens.

Une entente entre Napoléon et Paoli…

Gilles Simeoni qui, es-qualité, a officiellement repris le flambeau, a lui-même exprimé son émotion, celle, notamment, de voir se refermer le dernier des volumes encyclopédiques qui racontent l’histoire et l’incarnation de la doyenne des institutions insulaires à travers les femmes et les hommes qui ont servi la Corse et l’épanouissement de son économie. « C’est un privilège et un honneur d’avoir travaillé aux côtés de Jean Dominici » en qui le président du Conseil exécutif salue le visionnaire.

Avec l’esprit qu’il sait distiller dans ses propos, même lorsque le moment est empreint de solennité, Gilles Simeoni observe que la CCI de Corse, création napoléonienne, rejoint une institution d’inspiration paoliste, qui plus est, l’année du tricentenaire du Père de la Nation, donnant ainsi du regain au projet universitaire « Paoli-Napoléon ».

Plus sérieusement, il se réjouit qu’une telle réforme ait pu être menée à bon port dans le contexte actuel d’instabilité politique chronique : « Parvenir à faire voter un texte législatif à l’unanimité par les sénateurs puis par les députés dans un paysage politique national fractionné et antagoniste, est un résultat remarquable en soi. »

L’adhésion des organisations syndicales, des élus et des ressortissants consulaires, ainsi que celle, unanime, de l’Assemblée de Corse, sont également considérées comme un signal positif à une Corse qui souffre, qui est en proie à des démons intérieurs mais qui refuse de céder au découragement.

« Je suis sur le pont, plus déterminé que jamais, conclut Gilles Simeoni. Cette réforme, qui n’a que des vertus, est peut-être la plus importante depuis 2015. C’est, en tout cas, celle dont je suis le plus fier. »

À son tour,Jean-Charles Martinelli, le président de la Chambre régionale de Métiers et de l’Artisanat, exprime la gratitude du monde artisanal à l’égard de Jean Dominici.

Le dernier mot revient à Éric Jalon, le préfet de Corse, qui rappelle les cinq mois de travail intensif et d’échanges intenses pour que tous les feux de la réforme passent au vert : « Cet esprit constructif va perdurer. C’est la dernière séance mais pas la fin de l’histoire… »

Le nouveau Phénix peut déployer ses ailes.

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