La Lettre I « Le sentiment profond du devoir accompli »

Dans un silence de cathédrale et devant un auditoire de personnalités, de proches et de fidèles collaborateurs, Jean Dominici a prononcé son dernier discours officiel. Un discours introspectif et émouvant…

C’est par les mots de Max Weber que Jean Dominici a ouvert son allocution d’ouverture de l’assemblée : « Elles se succèdent, elles naissent, elles s’effacent et laissent place à d’autres ; mais elles ne meurent jamais tout à fait. »

Le choix de la citation du père de la sociologie moderne à propos des civilisations n’avait rien d’anodin. Elle est lourde de sens. Le président de la CCI de Corse, dont il était la figure de proue pour quelques jours encore, évoquait l’institution consulaire que la réforme ne raye pas de la carte mais génère une métamorphose juridique qui ne cède aucun pouce de terrain à ses missions originelles et conserve toutes ses forces vives, sociales, économiques et administratives.

Il y a une forme de continuité, de ligne de conduite maintenue même en prenant une route différente. Un sage proverbe chinois rappelle que pour connaître un chemin, il faut interroger celui qui en vient.

« Or que de chemin parcouru, que d’épreuves surmontées, que d’obstacles franchis ces quinze dernières années pour se hisser jusqu’à une réforme aussi audacieuse que finalement réussie. » L’établissement public du commerce et de l’industrie est, selon ses termes, une création inédite et pleine de promesses pour la Corse, son économie, les commerçants et les chefs d’entreprises, pour les Corses dans leur ensemble qui vont bénéficier d’une institution renouvelée, plus forte, plus solide, plus durable dans cette croisée des chemins où, sur le plan national, les réseaux consulaires semblent emprunter les sentiers du crépuscule.

« Je suis le dernier président de la CCI de Corse »

Le nouvel établissement est sur les starting-blocks pour œuvrer à l’équilibre, à la gestion et au développement du territoire. Il s’élance, avec le dossard de l’intérêt général, sur des bases solides puisque la maîtrise publique des ports et des aéroports est sanctuarisée. « Nous avons investi, développé, modernisé les portes d’entrée de l’île sans jamais fléchir même au plus fort des crises. Une gestion saluée et reconnue au plus haut niveau ! »

Le tournant n’a pu se négocier valablement que grâce à deux ingrédients sans lesquels l’avenir serait incertain. Jean Dominici les nomme haut et fort. Le premier, c’est la solidité morale : « Notre engagement, notre rigueur, notre sens des responsabilités n’ont jamais failli. La probité et l’honnêteté intellectuelle ont guidé chacun de nos actes, chacune de nos décisions depuis le début » ; le deuxième, c’est le travail, les efforts des femmes et des hommes de l’institution, leur expertise couronnée par des résultats probants dans tous les domaines.

Notamment dans l’accompagnement des entreprises et des territoires, des grandes communautés urbaines aux villages les plus isolés, en matière de formation aussi avec, en points d’orgue, la création d’Amparà Méditerranée avec la Chambre régionale de Métiers et de l’Artisanat, et l’ouverture de l’École hôtelière méditerranéenne à laquelle personne ne croyait plus !

« Je suis le dernier président de la CCI de Corse ». Au-delà de l’Histoire, Jean Dominici, visiblement ému, parle d’aventure humaine. « Notre maison va connaître un bain de jouvence et relever de nouveaux défis sous la bannière de la Collectivité de Corse, forte de notre expérience, de nos ressources humaines, de la légitimité de nos résultats. Une renaissance qui articule le monde politique et le monde économique pour le plus grand bénéfice des générations futures. »

Le président Dominici passe le flambeau sans regret ni nostalgie, seulement avec la plus gratifiante des récompenses, assure-t-il, « le sentiment profond du devoir accompli ». Une parole simple et vraie, qui a fait courir dans toutes les échines des ondes d’émotion et de reconnaissance. Une parole conclusive qui lui a valu une longue standing ovation. Mais tout départ est une amorce de retour.


Au fil du temps…

1804 : Un décret en date du 2 avril crée la Chambre consultative de manufactures, fabriques, arts et métiers sous l’impulsion de Napoléon, Premier Consul.

1843 : La Chambre évolue sous la Monarchie de Juillet par publication d’une ordonnance royale comme Chambre de Commerce de la Corse.

1899 : Création sous la IIIe République d’une seconde Chambre de Commerce à Ajaccio. Suit une très longue période de stabilité…

2010 : les deux CCI départementales de l’île s’affranchissent de la tutelle de la chambre régionale PACA-Corse. Une CCI de Région à part entière est consacrée par la loi dans la foulée.

2011 : le décret en date du 21 décembre fixe officiellement le siège à Bastia.

2020 : le 1er janvier, quatre mois après l’abrogation de l’existence des deux chambres départementales, naît la CCI de Corse de plein droit et de plein exercice.

2025 : Respectivement le 2 juin et le 2 juillet, le Sénat et l’Assemblée nationale adoptent à l’unanimité la loi n° 2025-640 portant création de l’Établissement public du commerce et de l’industrie de Corse promulguée le 15 juillet.


Un sentiment de reconnaissance

Dans son discours, le président Dominici a aussi tenu à exprimer la gratitude et la reconnaissance de l’institution consulaire à l’égard de celles et ceux qui ont tenu les rênes avant lui. Sans pour autant remonter à l’Empire et aux pionniers. Il commence par évoquer les regrettés Paul Natali, qui a placé la CCI de Haute-Corse sur sa rampe de lancement, et Jean Femenia qui a repris le licol. Il cite aussi Paul Trojani, qui est toujours à ses côtés et continuera à siéger dans l’établissement public. Il n’oublie surtout pas Jacques Nacer, assassiné en 2012, qui a favorisé le rapprochement entre le nord et le sud, salue le courage de Nathalie Carlotti qui lui a succédé dans un contexte dramatique. D’autres proches prédécesseurs sont nommés : Jean-André Miniconi, Paul Marcaggi, Antoine Mondoloni, François Nicolai. « La liste est longue des collègues qui nous ont accompagnés, toutes celles et ceux qui ont donné de leur temps et de leur énergie pour promouvoir l’économie, développer nos transports, former nos jeunes générations, donner à la société corse un avenir construit sur la base des valeurs morales du travail, de l’honnêteté et du résultat. »

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