La Lettre I « La logique qui prévaut est celle du partage des responsabilités »

Gilles Simeoni insiste sur l’équilibre entre les élus politiques et les élus économiques. Le président de l’Établissement public du commerce et de l’industrie dit que sa première initiative sera d’aller à la rencontre des salariés

« Jean Dominici aura un rôle déterminant dans la mise en oeuvre du nouvel établissement »

Gilles Simeoni, président es-qualité de l’Établissement public du commerce et de l’industrie de Corse


Le décret tardivement publié par le gouvernement sur l’Établissement public du commerce et de l’industrie correspond-il, dans l’esprit et dans la lettre, à ce que vous souhaitiez ?

Le décret reprend pour l’essentiel ce qui avait été négocié et convenu avec le gouvernement à quelques nuances près. Il nous permet de passer résolument à la phase opérationnelle du fonctionnement de l’établissement public.

Que les élus politiques aient désormais voix prépondérante sur les élus économiques, ça ne rompt pas les équilibres ?

Au niveau de la gestion des infrastructures de transport, c’était la condition sine qua non de la quasi-régie et de l’attribution dite in house des contrats de concession. Pour que ce régime juridique puisse exister, pas de choix possible : la Collectivité de Corse doit exercer sur l’établissement public un contrôle analogue à celui qu’elle exerce sur ses propres services. Mais au-delà de l’intangibilité des principes juridiques, il y a un état d’esprit et une façon de faire fonctionner l’institution qui prévaudront : entre les élus politiques et les élus consulaires, la logique d’équilibre et de partage des responsabilités prévaudra.

Que répondez-vous à ceux qui redoutent, notamment dans les rangs des élus de l’opposition, une concentration excessive des pouvoirs dans les seules mains de la Collectivité de Corse ?

Le principe fondamental, théorisé par Montesquieu au XVIIIe siècle selon lequel « le pouvoir arrête le pouvoir » pour se prémunir de toute dérive despotique, reste un principe d’actualité. En effet, il faut des poids et des contrepoids pour respecter la logique démocratique et garantir le pluralisme. Ce sera le cas dans le cadre de l’Établissement public industriel et commercial de Corse. Jean Dominici, le président historique de la CCI, aura un rôle déterminant dans sa mise en œuvre en sa qualité de premier vice-président. Il dispose d’une très large délégation qui lui permettra d’assurer et même d’incarner une forme de continuité dans le fonctionnement de l’institution.

La gestion publique des ports et des aéroports est sanctuarisée, mais il faut encore investir pour les rendre plus sûrs, plus fonctionnels et moins énergivores. Vous en aurez les moyens ?

Les Corses n’ont peut-être pas encore pris la pleine mesure de ce que cette prérogative représente de fondamental pour aujourd’hui et pour demain. Nous sommes le seul territoire d’Europe, y compris les territoires autonomes ou indépendants, à avoir à la fois la propriété des ports et des aéroports et leur gestion publique. Un avantage et une plus-value extraordinaires pour définir et mettre en œuvre notre stratégie de développement économique et touristique. Ceci étant, c’est dans le cadre des nouveaux contrats de concession que nous poursuivrons notre politique extrêmement ambitieuse d’investissement à travers, d’une part, la réaffectation des produits dégagés par les concessions et, d’autre part, l’engagement financier de la Collectivité de Corse et de ses partenaires que sont l’État et l’Union européenne. Un engagement qui sera formalisé, dans les deux ans à venir, par un Programme pluriannuel d’investissement.

Quel sort réservez-vous au projet de Portu Novu à Bastia ?

Le renouvellement des infrastructures portuaires de Bastia reste pour moi une question prioritaire. Vu l’ampleur des financements spécifiques à envisager si une décision de cet ordre devait être définitivement prise, la faisabilité de l’opération devra être absolument garantie.

Dans quel délai serait prise la décision pour un projet qui a pris de l’âge ?

Tout est prêt pour que les Corses en général et les Bastiais en particulier puissent se prononcer en toute connaissance de cause par référendum local. Le sujet viendra probablement en débat dans les semaines à venir…

L’institution consulaire écrit le mot « fin » sur son livre encyclopédique. Quel message souhaitez-vous délivrer à toutes celles et tous ceux qui ont fait son histoire jusqu’à Jean Dominici, son ultime président ?

Les institutions s’inscrivent dans le temps long, il est essentiel de garder en mémoire leur histoire. Ce poids de l’histoire féconde de la CCI, la doyenne des institutions de Corse, a été ressenti lors de la dernière assemblée générale avec un sentiment de respect, de reconnaissance et beaucoup d’émotion. Au moment où s’ouvre le nouveau chapitre d’un établissement public qui, pour avoir une forme juridique différente, n’en sera pas moins le continuateur de cette histoire, il faut rendre hommage à toutes celles et ceux, élus et salariés, qui l’ont écrite, notamment les présidents successifs avec une pensée personnelle toute particulière pour le président Dominici et son directeur général, Philippe Albertini qui ont eu un rôle déterminant dans la réforme. Mais tous, à travers le temps, ont incarné cette grande institution avec passion, perpétuant, contre vents et marées, son rayonnement et son efficacité.

Vous avez déjà une idée de la première initiative que vous prendrez en tant que président de l’établissement public ?

Le premier enjeu est d’aller vers les salariés pour leur dire que rien ne va changer pour eux mais, qu’au contraire, on a une institution qui a vocation à être encore plus forte et encore plus rayonnante au service de la Corse et que je suis fier et heureux de pouvoir vivre cette expérience à leur côté.

Quand la Chambre régionale de Métiers et de l’Artisanat suivra-t-elle le même chemin ?

La loi a prévu la même évolution statutaire. Les circonstances politiques à Paris ont contrarié le processus. Pour moi, c’est une priorité absolue et je souhaite, en concertation avec le président Martinelli et son équipe, que le statut de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat soit réglé dans le courant de l’année 2026.

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