La Lettre I « La Corse parée pour une croissance responsable »

Patrick Martin est récemment venu prendre le pouls des entreprises corses. Le président national du Medef est convaincu que l’île a les atouts pour réussir la décarbonation de son économie et relever tous les nouveaux défis dès lors qu’on lui permet de dépasser les contraintes de l’insularité

« Je suis nourri de l’énergie et de la réussite des chefs d’entreprise corses. Je crois en la force des territoires »
Patrick Martin, président national du Medef


L’entretien

– Après votre récente visite, en quoi estimez-vous le tissu économique de la Corse différent de celui du commun des régions françaises ?
Au-delà du diagnostic commun aux chefs d’entreprises corses et des autres régions, l’économie de la Corse est déterminée par son insularité et des enjeux spécifiques. Très orientée vers le tourisme, les modes de transports aérien et maritime jouent un rôle crucial dans l’économie locale. Si les entreprises sont majoritairement tournées vers la demande locale, certaines TPE/PME dépassent les défis insulaires et gagnent des parts de marché sur le continent et en Europe. La mutation écologique en cours marque le début de bouleversements économiques profonds où les entreprises devront faire face aux enjeux de décarbonation, alliant durabilité et performance. Les secteurs porteurs tels que le solaire et les énergies vertes pourraient jouer un rôle stratégique dans la décarbonation de la Corse. Parmi les défis identifiés en Corse ont été évoqués l’économie circulaire, la technologie, l’agroalimentaire et la biodiversité. Tout est question de stratégie, il faut arriver à dépasser les contraintes de l’insularité.

– Vous avez été rendu destinataire du travail collectif « Corses 2023 : pour un développement économique durable » piloté par Jean-Louis Albertini qui préside le Medef Corse. S’inscrit-il dans l’esprit du « Front économique » que vous avez lancé au plan national ?
Tout à fait. Il s’agira de résoudre l’équation conciliant croissance et climat. Et d’équiper la France avec les infrastructures nécessaires pour réaliser la transformation de notre économie. Il nous faudra bâtir un agenda axé sur des solutions pour réaliser les transitions énergétiques et environnementales, avec comme ligne directrice la croissance responsable que la Corse, visiblement, veut suivre. Dans cette perspective, l’objectif sera d’établir une feuille de route correspondant à chaque enjeu stratégique, avec des diagnostics chiffrés et des propositions fortes, concrètes, documentées – croisant les derniers travaux de la recherche et l’expérience de terrain. Cet exercice servira de base aux décideurs politiques. Pour réussir la transition, la priorité des prochaines années sera orientée vers sa planification à long terme. D’après nos estimations, la décarbonation de l’économie nécessitera des investissements de la part des entreprises à hauteur de 40 milliards d’euros par an.

– Redoutez-vous que le déficit abyssal de l’État ait, à court terme, un impact préjudiciable pour les PME et les TPE françaises ?
Le constat est sans appel. La situation des finances publiques est critique, avec un risque, si l’on ne fait rien, d’un accident de crédit qui serait dévastateur pour le pays et pour nos entreprises. On observe en outre une nette dégradation de la situation conjoncturelle. Toutes nos remontées de terrain signalent un vrai ralentissement économique, avec un investissement des entreprises qui continue à se détériorer. Elles sont de plus en plus nombreuses à prévoir un recul de leur marge nette en 2024. S’ajoute à ce bilan, un nombre de faillites qui atteint des niveaux record, soit 62 000 sur un an. Le contexte politique et économique de la France exige que la décision publique comprenne les impératifs de l’entreprise et de la vie économique.

– On n’en prend pas le chemin, semble-t-il…Non, dans les mesures budgétaires annoncées par le gouvernement, les entreprises sont les premières visées et de manière durable et parfois structurelle. Dans cette situation politique inédite, nous appelons le Parlement à préserver les capacités d’investissements, l’attractivité et la croissance. Revenir sur le crédit d’impôt recherche, le pacte Dutreil ou encore le Prélèvement forfaitaire unique auraient des conséquences économiques particulièrement négatives. La croissance en dépend et donc la possibilité pour notre pays d’aller de l’avant.

– Vous dénoncez régulièrement la dérive technocratique nationale et européenne qui accable de normes nos entreprises. Un aggiornamento dans ce domaine favoriserait-il un retour à la confiance ?
Cette dérive technocratique pèse énormément sur les entreprises. Entre 2017 et 2022, elles se sont vu imposer un total de 850 nouvelles obligations par Bruxelles. Et la France a une fâcheuse tendance à les surtransposer, contrairement à l’Allemagne qui transcrit le strict nécessaire dans son droit national ou l’Italie qui interdit par la loi la surtransposition. Pour faire des économies, il faut s’attaquer au chantier de la simplification. Avant de créer une nouvelle législation, l’Union européenne doit au préalable mener de véritables études d’impact et éviter d’aboutir à des décisions absurdes, voire inapplicables. En outre, les entreprises doivent être davantage consultées en amont de l’élaboration de normes pouvant les impacter et de véritables « test PME » avant toutes décisions de réglementation nouvelle.

– Vous reviendrez prochainement en Corse ?
La Corse est une étape essentielle de mes déplacements en région, et c’est un plaisir pour moi de venir rencontrer le Medef Corse et son président, Jean-Louis Albertini, ainsi que les chefs d’entreprise. Cela me permet de me nourrir de leur énergie et de leurs réussites, mais aussi de les écouter, de comprendre leurs contraintes et leurs inquiétudes – prix de l’énergie, difficultés de recrutements, trésorerie qui se tendent, réponses aux mutations, etc. Ces réalités sont autant d’arguments pour que l’exécutif et nos élus nationaux et locaux partagent leurs préoccupations, et comprennent qu’il est essentiel de défendre les conditions de création de richesse, pierre angulaire du bien commun. Je crois en la force des territoires et j’aurai plaisir à revenir dès que possible.


Article paru dans la Lettre N°49

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