La Lettre I Une saison mi-figue mi-raisin

« Les professionnels du tourisme encaissent beaucoup de coups mais ils restent debout ! »

Karina Goffi, présidente de l’UMIH Corsica et membre élue et présidente de la commission commerce de la CCI de Corse


Les professionnels du tourisme n’ont pas toujours bonne presse. On leur reproche une tendance à s’apitoyer sur leur sort. Ce n’est pas juste. Ils constituent la pierre angulaire de notre économie qui s’effondrerait, dans l’essentiel de ses composantes, comme un château de cartes si les saisons touristiques s’enchaînaient dans la morosité.

L’actuelle, qui touche à sa fin, est objectivement contrastée. Les résultats vont de « bons » à « moyens » pour une partie significative des établissements. Une dégradation est ressentie chez d’autres et, pour beaucoup, le printemps a été mou, juillet en chute, août en demi-teinte, septembre porteur, avec des poches de performance sur le littoral/plage.

C’est ce qui ressort de la première enquête d’évaluation diligentée par l’UMIH Corsica sous la férule de sa présidente, Karina Goffi qui préside la commission Tourisme de la CCI de Corse.

Plancher sur une politique tarifaire cohérente

Un tableau synoptique décline les conclusions suivantes : démarrage poussif en avril/mai, juin convenable, forte dépression début juillet avant redémarrage à mi-parcours, un mois d’août qui aurait pu être meilleur, septembre et octobre augurant une prolongation assez prometteuse de la haute saison.

La majorité des établissements hôteliers ont prévu de fermer fin novembre à l’exception, bien sûr, de ceux qui demeurent ouverts toute l’année. S’agissant de la restauration, le « ticket moyen » est jugé stable à 58 %, en régression à 26 % et en hausse à 16 %.

Globalement, la fréquentation culinaire accuse un recul. Les matières premières (viande, fruits & légumes, produits laitiers, produits secs) compriment les marges de par leur augmentation, mais les restaurateurs rechignent à répercuter les coûts à cause du risque d’aggraver le reflux de la clientèle.

Les causes du spleen ambiant reviennent comme un leitmotiv saison après saison : la problématique du transport (fréquence, prix, accessibilité) se cramponne comme la principale source de préoccupation, et on estime qu’elle diminue la compétitivité de notre destination face à la concurrence (Portugal, Italie, Croatie, Baléares etc.). Les professionnels souhaitent unanimement une amélioration des liaisons et l’instauration de tarifs plus attractifs.

Par ailleurs, ils font remonter une réelle baisse du pouvoir d’achat des vacanciers : la nécessité de travailler sur une politique tarifaire cohérente est une notion récurrente dans leurs réponses. Enfin, le paracommercialisme – les locations de meublés et Airbnb n’ont jamais autant prospéré que cette année – constitue la troisième menace perçue par les hébergeurs interrogés.

Ils préconisent de favoriser la fréquentation des établissements hôteliers qui déclarent et paient une redevance spéciale, URSSAF, etc., contrairement aux locations sauvages, en faisant bénéficier les vacanciers qui jouent le jeu de l’hébergement marchand de divers avantages pour agrémenter leur séjour.

Le projet de plateforme numérique dédiée à la seule destination corse qui permettrait de s’affranchir de l’hégémonie des géants de la réservation et dont la mise en service serait profitable à tout le monde (professionnels, transporteurs, visiteurs) mérite de rencontrer une vraie volonté politique et d’aboutir enfin.

Le président Dominici sensibilise le gouvernement

Le sondage de l’UMIH Corsica explore en même temps le panel des solutions. Celle qui se situe au sommet de la pile concerne une communication jugée insuffisante : il conviendrait de sensibiliser davantage la population sur l’importance de l’accueil des touristes et l’importance du tourisme en Corse, par message publicitaire, radio, journaux, réseaux sociaux.

Il s’agirait ensuite de faciliter de manière raisonnée l’accès aux sites touristiques. Autre constat partagé : la qualité de l’accueil et le professionnalisme des équipes passe par leur formation : les saisonniers veulent 6 mois minimum pour avoir accès au chômage et les professionnels n’en ont pas toujours les moyens car les saisons sont encore trop courtes. L’ouverture de l’École hôtelière méditerranéenne à Ajaccio et le dispositif d’achats de flux aériens tout au long de l’année devraient améliorer les choses à plus ou moins court terme.

Afin de ne négliger aucun levier, le président Jean Dominici a écrit cet été au ministre en charge du Travail et de l’Emploi pour la prise en compte des spécificités corses dans la définition des métiers en tension et ainsi être plus attractifs pour le recrutement saisonnier.

Karina Goffi conclut que 2025 ne sera pas meilleur que 2024, contrairement aux objectifs espérés : « Nous sommes des chefs d’entreprises qui se battent et se réinventent en permanence. Nous ne cédons pas à la facilité de l’augmentation des tarifs pour rester compétitifs. On rogne sur les marges et on réduit la voilure des effectifs. Par contre, malgré les difficultés et les obstacles que recensent les professionnels dans notre enquête, nous continuons à investir pour rénover et améliorer notre offre dans l’accueil et les services. Les professionnels encaissent beaucoup de coups mais ils restent debout ! »

À ce jour, seize hôtels sont mis en vente, deux de plus que l’année dernière. C’est un patrimoine familial qui se désagrège et s’expose à l’emprise de grands groupes hôteliers qui n’ont ni les mêmes valeurs ni la même culture. « Il faut être vigilant » reste le mot d’ordre de la présidente de l’UMIH Corsica.

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