La lettre | « La Corse est propice à l’innovation »

Délégué de la Direction de la Sécurité de l’Aviation Civile (DSAC) Sud-Est en Corse depuis dix ans quasiment jour pour jour, François Lebailly pilote une équipe qui contrôle et accompagne l’ensemble des acteurs du secteur aérien dans l’île, exploitants d’aérodromes, compa- gnies, personnels navigants, ateliers de maintenance, etc. Sur l’activité de nos plateformes, ses yeux sont comme des drones…

– La Corse des avions sort des sentiers battus : un petit territoire avec quatre aéroports internationaux. Dès lors, vos missions sont-elles aussiinédites?

Sur le fond, nos missions ne sont pas différentes de celles exercées sur le territoire national ou européen, de Brest à Varsovie et d’Oslo à Palerme. La force du système aérien repose sur une réglementation commune, harmonisée, structurée au niveau de l’Union européenne, qui constitue un gage de sécurité et de sûreté pour tous. La Corse a, en effet, ses spécificités, en premier lieu un maillage dense avec quatre plateformes commerciales. Une configuration qui impose une organisation adaptée. Mais, une fois encore, malgré son caractère atypique, la Corse demeure pleinement intégrée au système européen de sécurité avec le même niveau d’exigence que partout ailleurs.

Atypique est le mot juste. La Corse est une « montagne dans la mer », ce qui n’est pas forcément le contexte idéal pour la navigation aérienne. Ça change malgré tout un peu la donne ?

La Corse présente effectivement des contraintes particulières, relief marqué, effets orographiques et vents parfois violents liés aux interactions mer- montagne. Elle n’est pas un cas isolé en Europe. De nombreuses régions alpines, scandinaves ou même méditerranéennes présentent des configurations comparables et, justement, le système européen a tous les outils modernes d’analyse de risque et d’innovation technologique pour intégrer ces environnements exigeants. D’autre part, la navigation par satellite ouvre des perspectives très concrètes pour un territoire comme la Corse. À Ajaccio, par exemple, elle permet de privilégier des trajectoires adaptées au relief avec une meilleure stabilité des paramètres d’approche et une plus grande résilience en cas de météo dégradée. De nouvelles trajectoires d’arrivée sont également en cours d’évaluation sur Calvi.

La Corse serait-elle donc considérée commeun laboratoire potentiel des évolutions technologiques?

Notre rôle consiste à anticiper l’usage de ces innovations chez les opérateurs, d’en analyser les impacts sur la sécurité et d’en accompagner la mise en œuvre opérationnelle. Et ce, afin de garantir que chaque évolution technologique soit maîtrisée du point de vue des risques. Dans ce domaine, en effet, la Corse peut se trouver à l’avant-garde. Les contraintes géographiques, loin d’être un handicap, constituent souvent un terrain d’expérimentation pour des solutions innovantes dont bénéficieront ensuite d’autres territoires européens.

L’alternance de périodes creuses et de pics estivaux implique-t-elle une organisation particulière?

Oui, mais elle est parfaitement anticipée et encadrée. Lorsque l’activité fluctue fortement, il est indispensable de garantir que les compétences des personnels impliqués, agents de sûreté, pompiers d’aérodromes, équipes et encadrement d’exploitation, restent pleinement opérationnelles. Cela passe par de la formation continue, des exercices réguliers et des dispositifs de contrôle renforcés en amont de la haute saison. En matière de sûreté, les services de l’État programment des inspections ciblées qui évaluent la qualité des prestations et identifient, le cas échéant, les axes amélioration. Bien avant l’entrée dans la période de trafic intense, la logique préventive est essentielle.

Les aéroports sont propriétés de la Collectivité de Corse et leur gestion est historiquement confiée à la Chambre de commerce aujourd’hui EPCI de Corse. Comment s’articulent les relations ?

Elles s’articulent sur trois niveaux. 1. Entre la Collectivité de Corse et l’État, les relations sont formalisées par une série de conventions qui, entre autres, organisent les modalités économiques, garantissent la prise en compte des enjeux de sécurité, planifient le développement des infrastructures. 2. Entre la Collectivité de Corse et l’EPCI qui a succédé au modèle consulaire historique, on s’inscrit dans la continuité avec un système de quasi-régie qui induit un contrôle de légalité du côté de l’État sur la base concomitante de notre expertise. 3. Entre l’EPCI et l’État, elles se situent, d’une part, au niveau de la surveillance exercée par la DSAC – certification des aérodromes, sûreté et sécurité, respect des normes européennes – et, d’autre part, au niveau régalien toujours exercé par nous pour le compte de la Direction du transport aérien qui comprend notamment les dispositifs de gestion de crise.

Chaque année, les plateformes aéroportuaires de l’île gravissent des degrés dans la labellisation de la biodiversité. Vous y êtes sensible ?

Et pour cause ! La Direction générale de l’Aviation civile est vice-présidente de l’association Aérobiodiversité et, à ce titre, partie prenante de toutes les actions qui favorisent une meilleure prise en compte écologique. Le plus bel exemple ici est celui du petit escargot endémique, l’Helix de Corse, qui a pris ses quartiers à l’aéroport d’Ajaccio…

Avez-vous  téléchargé  l’application  gratuite Aéroports de Corse» qui permet un visionnage en direct des activités et des vols ?

Bien sûr. À titre professionnel, elle me permet de vérifier en temps réel l’état de la situation des vols, ce qui, en gestion de crise, est indispensable, sans avoir à traiter par mail ou par téléphone avec les cadres de permanence. C’est pour moi un outil précieux de tous les jours.

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