La Lettre I « Je m’attelle à mettre en œuvre la réforme consulaire votée par le Parlement »

Après avoir été mobilisé sur les enjeux de la montagne et du rural en Savoie, de la mer et du littoral en Charente-Maritime, du patrimoine naturel et culturel en Essonne, Éric Jalon cumule tous les défis en Corse où il a déjà pris ses marques sur le terrain…

« Constituer une plateforme d’ingénierie publique et mieux accompagner les entreprises et les porteurs de projets. »

Eric Jalon, Préfet de Corse


Entretien avec le nouveau préfet de Corse

Que connaissiez-vous de la Corse avant d’y être nommé ?

Je n’ai eu l’occasion de venir en Corse qu’à deux reprises. Aussi, je peux dire avec humilité que j’ai tout à découvrir et tout à apprendre. C’est à la fois la chance et le défi de ce métier. J’essaie de passer le moins de temps possible au bureau pour aller sur le terrain et écouter ce que les Corses ont à me dire.

Et qu’avez-vous découvert en à peine quelques semaines de présence ?

Je découvre la grande passion que les Corses ont pour leur île, un attachement très fort à l’histoire, à la culture et à la langue corses. Je découvre aussi une demande d’État, un État qui protège, qui accompagne les projets, qui réalise la promesse républicaine, c’est-à-dire la justice, la sécurité, la solidarité sociale et territoriale, l’égalité, tout simplement. J’ai été marqué par la qualité de l’accueil que j’ai reçu, du respect spontané et sincère de la personne et de l’institution que je représente. Un climat favorable pour construire et tracer des chemins.

On a la même approche de sa fonction dans un territoire qui, par bien des aspects, se distingue singulièrement des autres ?

Je suis le représentant de l’État et je prends cette fonction au pied de la lettre. Je suis chargé, avec les services qui travaillent à mes côtés, de rendre l’État présent dans les territoires et de faire en sorte que son action soit perceptible pour tous avec les exigences de dialogue et de clarté dont il doit faire preuve.

Quelles sont les missions que vous aimeriez réussir ici dans un contexte politique plutôt instable ?

J’ai une feuille de route qui a été tracée par le président de la République le 28 septembre 2023 lorsqu’il s’est exprimé devant l’Assemblée de Corse. Il a évoqué les grands enjeux parmi lesquels la sécurité du quotidien, la lutte contre la criminalité organisée, l’environnement – un sujet essentiel de protection et d’attractivité durable que nous partageons avec la Collectivité de Corse – le Plan de Transformation et d’investissement pour la Corse, le PTIC. Je suis là pour suivre l’ensemble de cette feuille de route toujours d’actualité et, bien sûr, accompagner le processus institutionnel en cours.

Votre parcours vous a amené à plancher sur la réforme territoriale au niveau national. Que vous inspire le processus d’autonomie souhaitée par le président de la République ?

Mon itinéraire m’a renforcé dans la conviction que l’unité de notre pays, à laquelle je suis profondément attaché, ne se confond pas avec l’uniformité. Il y a un processus que le président de la République a engagé, qui a connu une étape très importante avec la présentation en Conseil des ministres du projet de loi constitutionnelle intitulé, je le souligne, « Pour une Corse autonome au sein de la République ». Le débat a maintenant vocation à se tenir devant le Parlement.

Déjà, le Parlement a approuvé à l’unanimité le transfert de la CCI de Corse, ses missions et ses ressources humaines à la Collectivité. Quel regard portez-vous sur cette réforme consulaire ?

Mes premiers échanges ici ont concerné cette réforme consulaire à laquelle je me suis donc intéressé très rapidement. J’ai formellement saisi le président du Conseil exécutif de Corse pour recueillir l’avis de l’Assemblée de Corse sur les projets de décret et d’arrêtés d’application de cette loi qui entre en vigueur le 1er janvier. Nous sommes dans la mise en œuvre d’une disposition de la loi PACTE adoptée en 2019. Dans la situation particulière que fait naître l’insularité, la maîtrise publique des infrastructures de liaison, ports et aéroports, est quelque chose d’essentiel. Cette conviction, largement partagée, a guidé la démarche que nous nous attelons à traduire dans les faits.

Comment l’État peut-il aider le développement économique ?

Avec une méthode et des outils. Mon prédécesseur avait pris l’initiative de réunir une « cellule économique » avec des groupes de travail et un observatoire de la commande publique. La méthode est bonne et je vais la reprendre à mon compte en lien avec la Collectivité de Corse et les chambres consulaires. Il s’agit de partager et d’analyser les différents points de vue, éclairés notamment par l’Insee dont la devise « mesurer pour comprendre » doit se poursuivre, pour les autorités publiques, en « comprendre pour agir ». Ensuite, chaque partenaire, dont l’État, a ses propres outils et instruments d’intervention. Mon rôle consiste à les fédérer et ainsi contribuer à organiser une offre d’actions publiques au service de la Corse et de son développement.

Quelle méthode pour mieux réussir la déclinaison des appels à projets nationaux, à l’exemple de France 2030, dans un territoire où, paradoxalement, l’insuffisance des candidatures faute d’ingénierie n’empêche pas d’avoir de nombreux lauréats ?

Sur le volet national de France 2030, 14 projets corses ont été retenus pour une somme globale de 20 M€, ce qui est remarquable. L’Université de Corse s’est particulièrement distinguée puisqu’à elle seule elle concentre la moitié de l’aide. Le volet régional a aussi généré des projets de qualité. Par ailleurs, les règles du jeu évoluent : une circulaire du Premier ministre en date du 5 septembre limite les appels à projets nationaux pour privilégier la territorialisation de l’action de l’État ; le préfet voit son rôle renforcé comme délégué territorial des opérateurs de l’État. Enfin, les services de l’État en Corse ont une capacité d’expertise importante et de qualité : je souhaite ouvrir une réflexion sur leur décloisonnement en vue de constituer une plateforme d’ingénierie publique et de mieux accompagner les entreprises et les porteurs de projets.

Un mot sur l’ouverture prochaine de l’École hôtelière méditerranéenne ?

Un beau projet consulaire que l’État a accompagné financièrement. C’est une chance de pouvoir offrir des lieux de formation d’excellence adaptés à l’économie de la Corse, aux besoins de ses acteurs, et permettant d’intégrer la jeunesse dans l’essor de ses filières les plus emblématiques.

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